Liberté : réveillez le Tom Sawyer qui est en vous


La liberté, on ne cesse de lui rendre hommage.

On écrit son nom sur le fronton de nos bâtiments institutionnels, on lui dédie des poèmes. On la chante même dans les concerts des enfoirés.

Liberté d’expression, de la presse, d’entreprendre, sexuelle, de circulation, de culte, la liberté est revendiquée dans tous les domaines de notre vie. Être libre, croit-on, c’est être heureux.

Être libre, ce n’est pas seulement l’absence d’enfermement ou de séquestration. On ne peut pas limiter le concept de liberté à la seule permissivité des lois ou à l’absence de règles.

C’est un concept bien plus large et complexe. Mais avant de se revendiquer, la liberté se cultive au fond de chacun de nous.

Être libre, c’est un état d’esprit, un sentiment avant d’être une condition juridique ou physique.

Pour vous sentir libre, lâchez votre mégaphone et recentrez-vous sur l’essentiel.

C’est dans la tête que ça se passe.

La liberté c’est d’abord savoir ce que l’on veut

La liberté, c’est la capacité à exercer sa volonté, à faire ce que l’on veut.

Encore faut-il savoir ce que l’on veut, avoir une idée de ce à quoi l’on aspire, de nos valeurs, de ce qui est bon pour nous, de la trace que nous voulons laisser en ce bas monde.

L’ignorance est la première entrave à la liberté. Si vous voulez être libre, informez-vous, cultivez-vous.

Apprenez des langues étrangères, voyagez, lisez, rencontrez des personnes différentes de vous, qui ont des opinions ou des modes de vie totalement divergents des vôtres.

Apprendre à mieux connaître le monde qui nous entoure et à mieux se connaître soi-même, c’est élargir le champ des possibles, c’est savoir ce que l’on veut, c’est donner un sens à la liberté que l’on réclame.

La liberté, c’est la solitude

Quand on étouffe, on a souvent envie d’envoyer bouler toutes les personnes qui nous entourent, de rester seul, d’être libéré du regard et de l’influence des autres.

Comme le dit la maxime, « la liberté s’arrête là où commence celle des autres ».

La liberté totale, c’est la solitude, le fait de ne dépendre de personne et de n’avoir d’incidence sur personne dans ses choix ou ses actions.

La figure type de l’homme libre, c’est Tom Sawyer, le vagabond sans famille qui vogue à sa guise le long d’un fleuve tranquille.

Mais à l’inverse, l’isolement nous prive d’opportunités, car il nous empêche d’accéder à ce que tous les autres êtres humains ont à nous offrir : l’amour, le partage, l’enseignement, la gratitude…

Entrer en relation avec d’autres personnes, c’est forcément perdre un peu de liberté.

Mais le jeu en vaut la chandelle. Tout est question de dosage.

Être libre, c’est accepter le danger

Suite aux attentats de Paris, journalistes, intellectuels et politiques de tous bords nous ont posé sans cesse cette question angoissante « êtes-vous prêts à sacrifier une partie de votre liberté pour plus de sécurité ? ».

En fait la question se pose également dans la manière dont nous choisissons de vivre notre vie au quotidien.

Avoir la liberté d’entreprendre implique de prendre le risque d’échouer et de perdre sa mise.

Avoir la liberté de s’installer dans un autre pays implique le risque de ne pas réussir à s’adapter à une nouvelle culture ou à s’intégrer.

Avoir le droit de s’exprimer implique le fait d’être confronté aux désaccords de certains qui ont également cette possibilité.

Être libre, c’est aussi accepter l’échec, être prêt à tout perdre pour suivre ses envies.

Mais la liberté totale, c’est le chaos. Entraver certaines libertés individuelles permet parfois de ne pas exposer les autres à un risque pour leur intégrité, leur sécurité ou leur propre liberté.

C’est ainsi qu’on limite la liberté d’expression pour lutter contre le racisme ou la diffamation, qu’on limite la liberté d’entreprendre pour protéger l’environnement, qu’on règlemente la liberté de circulation pour éviter les accidents, qu’on limite la liberté de nos enfants pour les protéger.

Priver quelqu’un de ses moyens, par exemple en l’emprisonnant, c’est aussi un moyen de protéger les citoyens.

Encore une fois, tout est question d’équilibre.

Les riches sont-ils plus libres?

N’allez pas croire que la liberté soit une question d’argent, qu’elle puisse s’acheter ou se louer.

Bizarrement, c’est même tout le contraire. Il est plus facile de se sentir libre lorsque l’on n’a rien à perdre.

Le chanteur Florent Pagny l’avait très bien illustré dans sa chanson « ma liberté de penser », dans laquelle, même s’il peinait à attirer la pitié de ses auditeurs après son contrôle fiscal, il scandait haut et fort qu’on ne pourrait pas lui ôter ce pouvoir.

Avoir un emploi bien rémunéré ne nous incite pas à tout plaquer pour nous lancer dans une carrière hasardeuse.

Avoir une grande maison pleine de souvenirs ne nous incite pas non plus à quitter notre pays pour construire une yourte dans les steppes mongoles.

Être l’héritier d’une grande entreprise qui fait la fierté de notre famille depuis huit générations ne nous donne que très peu de marges de manœuvre quant à notre avenir professionnel.

Il n’y a pas plus triste qu’un prince qui ne veut pas devenir Roi.

Certes l’argent ouvre des portes, mais les biens matériels et les positions sociales en ferment tout autant.

On n’est jamais totalement libre

Être totalement libre, n’avoir aucune contrainte, cela reviendrait en fait à ne pas être, à ne pas exister, à n’être pas enraciné dans la réalité.

Nous sommes toujours maîtres de nos choix et nous sommes tous potentiellement libres de respecter ou non les lois, les interdits imposés par notre culture ou notre famille.

Pour prendre un cas extrême, nous avons physiquement la possibilité de tuer une personne, mais le prix de cette liberté est très lourd.

La question n’est pas de savoir si l’on est libre ou non, mais de parvenir à jauger de manière juste la dose de contraintes qui rythment notre quotidien.

Si nous aspirons tous à une grande dose d’indépendance, il est essentiel de peser le pour et le contre dans nos choix et de penser au prix de chaque liberté.

Si nous ne sommes pas libres, c’est souvent pour le bien d’autres personnes, de nos enfants, de nos concitoyens, de nos amis, mais c’est aussi très souvent parce que nous n’osons pas marcher en dehors des lignes, sortir des cadres.

Si nous ne sommes pas libres dans nos vies, c’est souvent parce que nous nous interdisons d’être libres dans notre tête !


11 réponses à “Liberté : réveillez le Tom Sawyer qui est en vous”

  1. Comment faut-il faire pour être libre dans sa tête? Êtes vous vraiment sûr que le choix détermine la liberté? J’aimerais bien débattre; votre article est bien…

    • Bonjour,
      Merci pour votre commentaire.
      La question de la liberté est très vaste et divise les philosophes depuis des siècles. Je n’ai pas la prétention ici d’apporter LA vérité, juste un point de vue. Je pense que pour être « libre dans sa tête » il faut savoir prendre des risques, accepter l’échec. En fait on est souvent physiquement libre de ses actes, de quitter son emploi, de finir une relation ou même de couper les ponts avec sa famille si elle nous empêche d’évoluer comme on le voudrait. On se refuse souvent cette liberté par peur des conséquences de nos choix, ce qui au fond est sain dans beaucoup de situations, car cela nous permet de nous protéger. L’excès de liberté, c’est le danger permanent. C’est pour cela qu’il y a des règles. Le tout est de trouver un juste milieu.
      Je trouve votre deuxième question de savoir si le choix détermine ou non la liberté très pertinente et très intéressante et je ne trouve pas de réponse tranchée à vous donner. Je définis la liberté comme la possibilité même de faire des choix (ou d’avoir la capacité d’en faire), mais on pourrait certainement la définir d’autres manières.
      Je serai intéressé d’avoir aussi votre avis sur ces questions.
      Très bonne journée

      • Merci de répondre.
        Avoir la capacité de faire des choix, est-ce être libre ou simplement raisonner?
        Vous semblez définir la liberté sur des notions de pouvoir et choix. C’est bien! Mais je ne suis pas sûr que les Cubains et Coréens du nord soient de votre avis. Même avec une liberté de penser, on est pas toujours « libre » et ce n’est pas Florent Pagny qui pourrait nous dire le contraire…
        Il a préféré fuir en Argentine et cacher son argent. La fuite est-elle une liberté? La vraie liberté aurait été qu’il s’acquitte de sa dette et reste en France. La liberté que vous exposez ne repose que sur des notions de pouvoir, mais si nous ne les possédons pas qu’en est-il? La liberté n’est pas une notion, elle est hors de celle-ci! Ce n’est pas non plus s’isoler. L’isolement en encore une autre fuite.
        La liberté c’est être au-delà de la pensée et ne plus dépendre d’elle. Je peux l’utiliser (c’est ce que je fais en ce moment) mais je ne serais pas altéré si je ne le fait pas. Il en va de même pour l’argent, l’amour, le pouvoir et le reste. Je peux être libre avec de l’argent, pouvoir, etc… et le resterais si je n’en ai plus. Rien ne va perturber mon état avec ou sans les choses, les gens, le monde le tout. Si je l’ai, c’est bien et si je ne l’ai pas aussi. Vivre avec ou sans; l’équilibre…
        PS : quant à votre exemple de « tuer », attention, tuer n’est pas être libre! C’est être dictateur… la liberté, c’est vivre!
        Merci, vous m’êtes d’un grand secours…

        • Oui l’exemple du meurtre était peut-être mal choisi. Je voulais montrer par là que l’on est physiquement libre de faire ce qui est interdit, et que s’emparer de cette liberté comporte des risques et un prix à payer. J’aurais pu prendre l’exemple des résistants, des révolutionnaires ou des lanceurs d’alerte qui prennent le risque de s’octroyer une liberté pour défendre une cause qu’ils pensent juste.
          Quant aux personnes vivant dans des dictatures comme à Cuba, certes la libre pensées ne se suffit pas à elle-même, mais elle est pour moi le commencement nécessaire d’une vie libre. Je suis persuadé que beaucoup de personnes vivant dans des pays dits démocratiques ne sont pas dans les faits plus libres (ou plus heureux) car ils n’arrivent pas à imaginer le monde différemment, même s’ils ont la capacité physique et juridique de changer beaucoup de choses. L’une des principales armes des dictatures (notamment en Corée du Nord) est d’ailleurs la propagande, qui vise à empêcher le peuple de penser le monde différemment et à être donc un frein à la « liberté de penser ».
          Enfin pour notre ami chanteur, il a toujours la possibilité de revenir et il avait le choix de ne pas partir. Il est libre de ses choix. Pour moi la fuite est une liberté si elle n’est pas la seule option. Être chassé de son pays n’est pas une liberté. S’expatrier pour payer moins d’impôts ou pour découvrir le monde est un choix délibéré

          • Attention, soyons vigilants ! La propagande qui vise à empêcher le monde de penser différemment, n’est-il pas un frein à la liberté tout court ? si vous souhaitez penser plus fort, on se charge de vous couper la tête et de ne plus penser… Libre de penser est-il suffisant quant on mange des fayots tous les jours? Quant à notre chanteur d’opérette, il reviendra bien sûr pour chanter et repartira, les poches pleines, libre de ses choix dans la peur de perdre du gain, mais est-il vraiment libre ou accroché à l’argent? Par contre, la fuite, je te l’accorde, peut, être une liberté encore faut-il qu’elle reste un acte conscient…
            il semblerait que (tu, vous) assimile, la liberté et pouvoir. Effectivement avec le pouvoir, on a toute les liberté donc un choix. Le choix est virtuel, lié au pouvoir, sans lui, l’a-t-on encore? Maintenant, je suis coréen, ce que je suis en train d’écrire m’est censuré, puis je suis emprisonné! A quoi me sert cette liberté de penser si je ne peux même pas m’exprimer et fini dans l’oubli ? La liberté est évolutive et doit se traduire par un acte ; sans cet acte, elle ne sert à rien! Elle reste virtuelle; une élucubration mentale. libre est un état, acte évolutif, penser n’en est pas! c’est le début mais reste un rêve. rêver est-il vivre?
            Alors le repas à midi, avec ou sans fayots? pas moi…
            La liberté telle qu’elle se conçoit en spiritualité est un état de mutation constante en fonction des conditions. Elle n’est pas inhérente du pouvoir. Elle est l’état et la condition en même temps. elle n’est lié à aucun autre paramètre, c’est le tout, englobe tout, accepte tout. C’est une énergie évolutive, la conscience, la vie…
            merci Adrien, tu es un très bon philosophe qu’en penses-tu, cela vaut-il la peine de continuer?

          • Bonjour Pierre,
            Merci pour ce message.
            Je te rejoins sur bien des points.
            Comme je le disais au début je ne donnes qu’un point de vue que je voudrais le plus optimiste possible. Le but est de montrer au lecteur que l’on est souvent plus libre que l’on imagine plus que de donner une définition philosophique de la liberté (quoique le sujet est très intéressant).
            Très bon week-end.

          • bonjour Adrien.
            Et tu as encore raison; Le but est de montrer au lecteurs les possibilités de faire évoluer sa liberté et tu le dis très bien: « La liberté est avant tout un état d’esprit, un sentiment… » Tu peux même ajouter que, plus il annihile ses conditionnements , plus il deviendra libre. Je voudrai apporter une correction. Je pensais que la liberté ne pouvait dépendre du pouvoir, or c’est faux! Certes il s’éloigne du pouvoir économique, sans détache mais pénètre dans un libre arbitre omniprésent par l’intermédiaire se la spiritualité. Ce « libre arbitre » vision accrue de la conscience devient à son tour un nouveau pouvoir de discernement qui rend individu encore plus libre. bref tu as compris!
            la liberté dépend de deux Choses; de l’état ( économique, physique…..ou spirituelle) et de la condition.
            Si tu as un bon état spirituel sans une bonne condition économique, ce n’est pas grave. De même si ta psychologie n’est pas bonne mais que tu dispose d’un bon niveau de vie, c’est beaucoup plus facile.
            Merci encore, j’ai bien avancé dans ma compréhension grâce à toi.
            Continue, tu es bon, très bon même, et qui me plait c’est que tu es explicite et modéré..
            à +

          • « certes, s’il s’éloigne du pouvoir…….. il pénètre … »
            pardon! mais je pense que tu avais compris.
            Qu’Est-ce que tu pourrais nous dire sur le flexitarisme; En voilà une belle évolution alimentaire… mais avons -nous inventé quelque chose ou retrouvons-nous que que jadis avions coutume de faire? bon nombre de civilisations mangeaient sainement sans y intégrer un modèle de conduite…
            bonne continuation.
            bien à toi.
            pierre

          • Merci pour ces encouragements. 😉
            Je ne connaissais pas le concept de flexitarisme. On en apprend tous les jours 😀

  2. Bonsoir, je suis Christine et j’aimerais exprimer mes pensées actuelles, qui je pense, sont très négatives. Je fais le point sur ma vie qui a été pleine de lourdes épreuves, de beaucoup de malheurs depuis mon enfance. Ma mère est décédée quand j’avais 9 ans à cause du cancer du sein. Mon père lui, a été alcoolique et il ne s’occupait pas de moi, c’est pourquoi on m’a placée dans un centre d’hébergement d’enfants. Lui aussi est décédé de cirrhose quand j’avais 17 ans. Bref, j’ai réussi à surmonter tous ces malheurs quand j’ai rencontré mon mari à 16 ans. Maintenant j’en ai 40 et j’ai 3 adolescents.
    Le seul souci c’est que j’ai l’impression que mon mari ne se sent pas bien avec moi. Il y a un moment qu’il me fait des reproches à propos de mon apparence. Car pour 1m47 je pèse 59 kg donc un peu arrondis, et cela ne lui plaît pas, donc il me dit que je ressemble à un gros sac, que je mange beaucoup, et que je dois changer ce que je mange. Et quand il se promène avec moi il marche devant moi et me laisse derrière, et je me sens mal à propos de cela. Je travaille, je m’occupe des enfants, de la maison et je n’ai pas le temps de m’occuper de moi. Je me dis que mon mari ne m’aime plus sachant que cela fait 23 ans que nous vivons ensemble. Qu’est-ce que je dois penser de ses remarques? Je me sens seul et on ne fait plus rien ensemble.

    • Bonsoir Christine.
      Merci beaucoup pour votre témoignage.
      Il est effectivement parfois difficile de se sentir libre de vivre la vie que l’on entend et de prendre les décisions qui sont bonnes pour soi lorsque l’on a une famille à charge.
      Je vous conseillerais de vous confier à une personne extérieure à la situation mais en qui vous avez confiance (une amie, une personne de votre famille, votre médecin ou un psychologue par exemple). Essayez de prendre du temps pour vous, ne serait-ce qu’une heure par semaine pour faire une activité qui vous rend heureuse avec quelqu’un d’autre que votre mari et vos enfants.
      Très bonne journée

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